Jour 5 : De Leòn à Saint-Jacques de Compostelle

Publié le par La Compostelle Harley Team

Longueur de l’étape : 356 km - Distance totale parcourue : 1 664 km

Je vous jure que je ne l’ai pas fait exprès. Et si vous ne me croyez pas, prenez Mappy, tapez toutes nos étapes successives et faites vous-même le total de kilomètres. Vous verrez que ça fait bien 1664. Palsambleu ! Les signes ne cessent de m’assaillir ; je sens bien que Dieu fait tout pour qu’enfin je croie en lui. Mais si il pense qu’il suffit d’une binouze pour me convertir, il se met le doigt dans son divin œil (d’où l’expression mise à l’index). J’exige au minimum un single malt.

Ce matin, nous avons décidé de partir un peu plus tard que d’habitude. L’excuse officielle : nous pouvions nous permettre d’arriver plus tard à Compostelle le soir puisque nous allons y rester un jour deux nuits (comme disent les tour operators). Explication réelle : notre souci d’exactitude et d’exhaustivité dans notre découverte œnologique de Leòn hier soir nous a procuré une saine et légitime envie de mâtiner gras.

C’est donc vers 11 heures que nous quittons Leòn, bien reposés. Tout commence plutôt bien et, naïfs, nous virevoltons gaiment dans les vertes altitudes sans nous douter un seul instant que le pire nous attend quelques heures plus tard. Les décors que nous traversons sont enchanteurs. Les traverser en moto sublime encore davantage le ravissement. Nous roulons à plus de mille mètres d’altitude, de col en col, longeant des monts dont la verdeur impeccable paraît l’œuvre d’un peintre, franchissant d’élégants aqueducs de pierre, et notre regard se promène alors au milieu des vignes, de la terre rouge cuivrée et des mille-feuilles sombres que forme le schiste au flanc des montagnes, avant de s’élever, émerveillé, vers des vols de cigognes qui déploient leurs grandes ailes par delà les champs consacrés au sang du Christ. Un délice pour les yeux, qui dessine sur nos visages de bikers de larges et francs sourires.
Vers 13h30, nous arrivons à Villafranca del Bierzo, célèbre étape de Compostelle, où, très logiquement, nous croisons la plus forte concentration de pèlerins depuis notre départ. Aussitôt, nous les sermonnons sur la façon grossière qu’ils ont de polluer le paysage avec leurs ponchos de pluie aux couleurs ridicules, alors que nos Harley, elles, au moins, sont trois joyaux d’acier illustrant parfaitement la méticulosité de l’artisan médiéval et que le doux son de nos bicylindres en V s’échappant de nos gracieux pots chromés est une ode baroque au silence pesant de la campagne que ces marcheurs grotesques salissent de leurs grosses Pataugas crottées. Non mais !
Nous découvrons la charmante petite église du XIIème siècle qui surplombe le village et dont la porte, dite du Pardon, symbolise l’indulgence que l’on faisait ici aux pèlerins épuisés qui, à bout de forces, ne pouvaient continuer plus loin. Ces sots auraient mieux fait de rouler en Electra Glide !
Nous descendons la Via de l’Agua pour rejoindre le bourg et déjeunons à la Cafeteria de Compostela. Nous sommes agréablement surpris par une cuisine simple et familiale (gros haricots blancs à la saucisse en sauce épicée pour la mise en bouche, soupe de légume ou de poisson, asperges, tranches de porc grillées et éternelles patatas fritas…), le tout pour la modique somme de dix euros par personne, boisson comprise, et servi par une Susana affable et chaleureuse.
Il est quinze heures et une petite bruine nous incite à lever l’ancre pour rallier Compostelle au plus vite. Et là, c’est le drame.
Pour résumer, disons que nous avons parcouru les 150 derniers kilomètres sous une pluie digne des montagnes écossaises aux saisons froides. Une pluie comme ça, mon bon monsieur, d’abord, ça vous trempe le blouson, ensuite, le pull, ensuite le t-shirt, ensuite la peau, puis les os, et enfin, l’âme. Conduire une moto par un temps pareil relève du match d’Ultimate Fighting en un seul round, mais aucun de nous ne baisse la garde. Nous sommes les cavaliers de l’Apocalypse. Balance la, ta flotte, mec, on encaisse.
Vers 20h nous arrivons à Compostelle, détrempés, immergés, bassinés et, il faut bien l’avouer, épuisés. Ajournant la visite de la ville à demain, nous dinons, fourbus mais victorieux, dans un restaurant proche de notre hôtel, où, encore une fois, nous nous régalons à petit prix. Poulpe poêlé, délicieux chipirons et une entrecôte de la taille d’un jambon servi dans un plat en terre dont la chaleur réfractaire continue de cuire la viande alors que vous la dégustez. L’ascétisme du pèlerin s’arrête aux portes des restaurants. Les portions espagnoles exigeraient que vous alliez ensuite scier trois stères de bois pour éliminer quelque peu, nous optons plutôt pour une bonne nuit de sommeil…

Alors let the good times roll et à demain !
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N
Si la pluie vous a trempé l'âme, dites vous que l'eau était bénite! ;)
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A
Je suis désolé, 1664, ce n'est pas un signe divin, c'est un signe dibière ! <br /> <br /> ...Désolé !<br /> <br /> C'est que comme la blagounette d'Henry me manquait, j'ai osé prendre le relais. Le f'rait plus, promis ! <br /> <br /> Là, je devrais mettre un smiley de honte mais je sais pas comme on fait. Et donc là, je devrais mettre un smiley de...
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K
Heureuse que vous soyez arrivés entiers à bon port.<br /> On dit qu'un battement d'ailes d'un papillon peut dicter la météo alors que dire du doux ronronnement de vos motos !<br /> Le Déluge !!!
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E
Des nuées généreuses, renflées comme des culottes de nones : je le sens bien, moi, cet album Arthaud ! Bravo Paolo.
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E
1664 : grand cru ! <br /> En négatif : Autodafe à Valladolid <br /> En positif : fin de la mise à l'index de Galilée et surtout création de l'ordre cistercien de la stricte observance, destiné à revenir à la simplicité et l'austérité originelles de la vie cistercienne. <br /> C'est tout vous cela, non ?!?<br /> Pour ceux qui auraient des doutes sur l'orthodoxie religieuse de nos riders under the storm, il s'agissait de l'ordre des trappistes. <br /> <br /> Henri a raison, 1664, était bien un signe divin...
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