Jour 3 : De Saintes à Pampelune
Longueur de l’étape : 438km - Distance totale parcourue : 919 km
Ce qui résumerait le mieux cette troisième journée tient en une expression : le bonheur de l’exil. Les frontières, au cours de l’histoire, ne se sont pas faites au hasard. La plupart du temps, elles ont une origine géographique, palpable. Passé Bayonne, nul besoin d’une guérite de douane pour sentir qu’on a quitté la France. Le décor, le climat, l’atmosphère se chargent de vous le signifier : vous êtes ailleurs. Et un coup d’œil dans le rétroviseur vous le confirme : changer de terre donne à vos compagnons* de route le même sourire qui illumine votre visage.
L’heure n’est pas encore venue de répondre à la question « pourquoi prend-t-on la route ? Pour quitter quelque chose ou pour trouver autre chose ? », mais déjà nous savons que nous ne sommes pas là en vain.
Le premier jour fut bref. Une mise en jambe. Le deuxième fut un défi initiatique : épreuves de l’eau et du fer. Le troisième aura scellé le véritable début de notre pèlerinage ; c’est comme si tout avait vraiment commencé ici. Le plaisir du Jacquet, on s’en doute, consistait à atteindre le tombeau de Saint Jacques après une longue et pénible épreuve, comme une récompense, un réconfort au bout d’un long chemin. Aujourd’hui, nous avons eu la nôtre.
Départ de Saintes vers 9h45, sous un ciel enfin débarrassé de la grisaille. Rapidement, nous quittons le paysage vallonné de la Saintonge pour entrer, avec délectation, dans le pays landais. A perte de vue s’étendent les alignements de pins, la plupart couchés par la tempête. Dans une valse de chrome, nous nous laissons enivrer par l’odeur de la pinède qui, malicieuse, pénètre sous les visières de nos casques.
Venu midi, soleil au zénith, nous nous arrêtons à Labouheyre et commençons par la visite de sa petite église, lieu traditionnel des chemins de Saint-Jacques. Caché derrière l’autel abandonné, un harmonium nous tend ses touches. Le Toccata et fugue en ré mineur de Bach se transforme tout naturellement en Mistral Gagnant, en ré mineur aussi, mais de Germinal, le mineur... Jouer du Renaud, huguenot, dans une église de Compostelle relève du plaisir transgressif (spéciale dedicace à Grincheux : désolé, matey, on n'aura pas le temps de passer par L'île sur la Sorgue au retour, ça ferait juste un détour de 560 km...).
A table, nous retrouvons Gazou et Bounette, vieux amis de Christophe qui ont parcouru le pays pour venir partager avec nous des plats landais, riches de canard, de canard, et de canard.
Vers 15h, nous chevauchons à nouveau nos montures d’acier, passons Bayonne et arrivons à la frontière. Soudain, la terre se soulève et de cols en tunnels nous entrons en pays de Navarre, tout de vert vêtu. A ce jour le plus beau décor de notre périple.
Un peu avant 19h, nous arrivons, fourbus, à destination – Pampelune - juste à temps pour visiter l’église Saint Saturnin et la vieille ville, puis croiser, sur les remparts, religieuses et jongleuses.
L’heure du dîner arrivée, nous partons en quête du Graal : un restaurant authentique. A Pampelune, la bonne adresse se mérite. Nous tournons dans les rues de la ville, interrogeons l’autochtone dans un castillan approximatif, manquons nous décourager quand enfin se dessine devant nous la terre promise : El Monton. Tenue par l’inoubliable Martin, cette crypto-cantine basque est un petit trésor, une cerise sur le gastos. Bercés par les chants basques des clients enjoués, nous dégustons tapas, beignets de crevettes, chorizo au cidre, boudins, chipirons… et terminons par le Patxaran que nous offre le patron : liqueur typique du pays basque, faite d’anisette et de prune sauvage. Un bienfait pour l’humanité, nomminable au patrimoine de l'UNESCO.
A l’heure où j’écris ces lignes, deux d’entre nous dorment, et deux autres bossent. Mais une chose est sûre : quatre sont heureux.
Comme hier, il est trop tard pour vous faire un montage vidéo digne de ce nom, alors voici un petit teaser et une vidéo bonus, en attendant le résumé global mercredi 10, lors de notre jour de repos à Compostelle...
Alors let the good times roll, et à demain !
* étymologiquement, ceux qui partagent avec vous le pain. En l’occurrence, le pinard.
Ce qui résumerait le mieux cette troisième journée tient en une expression : le bonheur de l’exil. Les frontières, au cours de l’histoire, ne se sont pas faites au hasard. La plupart du temps, elles ont une origine géographique, palpable. Passé Bayonne, nul besoin d’une guérite de douane pour sentir qu’on a quitté la France. Le décor, le climat, l’atmosphère se chargent de vous le signifier : vous êtes ailleurs. Et un coup d’œil dans le rétroviseur vous le confirme : changer de terre donne à vos compagnons* de route le même sourire qui illumine votre visage.L’heure n’est pas encore venue de répondre à la question « pourquoi prend-t-on la route ? Pour quitter quelque chose ou pour trouver autre chose ? », mais déjà nous savons que nous ne sommes pas là en vain.
Le premier jour fut bref. Une mise en jambe. Le deuxième fut un défi initiatique : épreuves de l’eau et du fer. Le troisième aura scellé le véritable début de notre pèlerinage ; c’est comme si tout avait vraiment commencé ici. Le plaisir du Jacquet, on s’en doute, consistait à atteindre le tombeau de Saint Jacques après une longue et pénible épreuve, comme une récompense, un réconfort au bout d’un long chemin. Aujourd’hui, nous avons eu la nôtre.
Départ de Saintes vers 9h45, sous un ciel enfin débarrassé de la grisaille. Rapidement, nous quittons le paysage vallonné de la Saintonge pour entrer, avec délectation, dans le pays landais. A perte de vue s’étendent les alignements de pins, la plupart couchés par la tempête. Dans une valse de chrome, nous nous laissons enivrer par l’odeur de la pinède qui, malicieuse, pénètre sous les visières de nos casques.Venu midi, soleil au zénith, nous nous arrêtons à Labouheyre et commençons par la visite de sa petite église, lieu traditionnel des chemins de Saint-Jacques. Caché derrière l’autel abandonné, un harmonium nous tend ses touches. Le Toccata et fugue en ré mineur de Bach se transforme tout naturellement en Mistral Gagnant, en ré mineur aussi, mais de Germinal, le mineur... Jouer du Renaud, huguenot, dans une église de Compostelle relève du plaisir transgressif (spéciale dedicace à Grincheux : désolé, matey, on n'aura pas le temps de passer par L'île sur la Sorgue au retour, ça ferait juste un détour de 560 km...).
A table, nous retrouvons Gazou et Bounette, vieux amis de Christophe qui ont parcouru le pays pour venir partager avec nous des plats landais, riches de canard, de canard, et de canard.Vers 15h, nous chevauchons à nouveau nos montures d’acier, passons Bayonne et arrivons à la frontière. Soudain, la terre se soulève et de cols en tunnels nous entrons en pays de Navarre, tout de vert vêtu. A ce jour le plus beau décor de notre périple.
Un peu avant 19h, nous arrivons, fourbus, à destination – Pampelune - juste à temps pour visiter l’église Saint Saturnin et la vieille ville, puis croiser, sur les remparts, religieuses et jongleuses.
L’heure du dîner arrivée, nous partons en quête du Graal : un restaurant authentique. A Pampelune, la bonne adresse se mérite. Nous tournons dans les rues de la ville, interrogeons l’autochtone dans un castillan approximatif, manquons nous décourager quand enfin se dessine devant nous la terre promise : El Monton. Tenue par l’inoubliable Martin, cette crypto-cantine basque est un petit trésor, une cerise sur le gastos. Bercés par les chants basques des clients enjoués, nous dégustons tapas, beignets de crevettes, chorizo au cidre, boudins, chipirons… et terminons par le Patxaran que nous offre le patron : liqueur typique du pays basque, faite d’anisette et de prune sauvage. Un bienfait pour l’humanité, nomminable au patrimoine de l'UNESCO.
A l’heure où j’écris ces lignes, deux d’entre nous dorment, et deux autres bossent. Mais une chose est sûre : quatre sont heureux.Comme hier, il est trop tard pour vous faire un montage vidéo digne de ce nom, alors voici un petit teaser et une vidéo bonus, en attendant le résumé global mercredi 10, lors de notre jour de repos à Compostelle...
Alors let the good times roll, et à demain !
* étymologiquement, ceux qui partagent avec vous le pain. En l’occurrence, le pinard.
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