Partager l'article ! Jour 9 : De Bayonne à Melle: Longueur de l’étape : 381 km - Distance totale parcourue : 2 798 km Vous connaissez sans doute la saveur étrang ...
Vous connaissez sans doute la saveur étrange que peut avoir la veille d’un dernier jour. Demain, nous y pensons tous les quatre, sans vraiment en parler, notre périple
s’achèvera à Colombes. Dans les yeux de mes trois compagnons de route se lit une douceur triste et heureuse à la fois. Il y a la joie d’avoir partagé des moments drôles, des moments forts, des
moments beaux, d’avoir appris ensemble, d’avoir roulé ensemble. Il y a la joie d’avoir (presque) accompli un périple peu ordinaire, sans réelles embuches, et d’avoir appris à se connaître un peu
mieux tous les quatre. Croyez-le ou non, il s’est passé quelque chose. Alchimie d’un quatuor à chromes bien accordé. Nos relations ont glissé comme nos roues sur l’asphalte. Quatre mecs qui passent
dix jours ensemble, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans une seule engueulade, cela relève, sinon du miracle, au moins du privilège. Il y a la joie, enfin, de retrouver les nôtres, nos
proches, nos maisons, nos amis, demain. Mais il y a aussi la tristesse nostalgique d’une fin qui s’annonce. Nos petites habitudes, nos petits rituels, le confort de nos amitiés simples et sans
bagages qui vont prendre fin d’un seul coup. Nous savons tous les quatre que nous allons nous manquer. Vraiment. Les sourires de Manu quand il nous parle de ses souvenirs de gosse, en Afrique ou
ailleurs. Les blagues incessantes de Paolo, les anecdotes de ses reportages aux quatre coins du monde. Les cascades de Christophe, l’évocation des heures passées, gamin, sur le bateau de pêche de
son grand-père…. Et puis ce moment unique où nous arrivons, le soir, et nous enlevons nos casques, éreintés mais heureux, et nous affalons, fourbus, à la terrasse d’un café pour profiter ensemble,
dans un silence éloquent, de la première impression que nous donne l’étape du jour, l’horizon de la ville, les flèches des cathédrales... Tout ça va nous manquer. Alors nous nous sommes promis de
remettre le couvert un jour. Dans un ou deux ans, et pour un périple plus légendaire encore... suspense !
Aujourd’hui, c’est Manu qui a pris la tête du convoi : on était sur ses terres. Plutôt que le décor monotone de l’autoroute, le huguenot nous a fait passer par les
petites routes des Landes, au plus grand plaisir de notre soif motarde. Vers treize heures, nous arrivons à Bordeaux, grignotons sur les rives de la Garonne avant de visiter la cathédrale
Saint-André. Nous tombons alors sur une petite dame, habitée par les lieux, paroissienne dévouée, toute heureuse de montrer à quatre bikers improbables et profanes les quelques peintures du XIVème
siècle, uniques, qui ont survécu aux outrages du temps et décorent la chapelle Sainte Anne. Magie de la rencontre aussi décalée qu’imprévue et, pour moi, clin d’œil à l’Apothicaire qui,
certainement, aura savouré comme nous la finesse du trait des artistes médiévaux, annonçant déjà l’approche de la Renaissance.
Vers quinze heures, nous reprenons la route et filons vers Melle. Les trois Harley se doublent, se
rattrapent, se défient au milieu des pins dans une chaleur estivale que nos cuirs subliment mais qui inspire à Christophe ses plus belles cascades, dignes de la marée chaussée en fin de
cortège du Tour de France. Comme plusieurs fois par jour, nous nous arrêtons dans une station service (comme dirait Paolo, on pourrait presque écrire un guide touristique des stations essence de
France…), et voilà que le rital, possédé, nous fait poser dans les chiottes avec nos blousons de motard. Ce type est fou. C’est un peu pour ça qu’on l’aime.
Demain, départ aux aurores, alors let the good times roll !
Pas glop !! ;-)
Bien joué les gars, le résultat est à la hauteur.
Maintenant Henri, bonne chance pour faire rouler des compagnons en Harley au Moyen Age.... Écrivain, c'est pas un métier facile tous les jours.